🍿🦄 La battle de la culture : Cannes vs l’Eurovision

Cette semaine, il m’a fallu faire un choix : vous parler du Festival de Cannes ou de l’Eurovision. Cela n’a pas été très difficile : Cannes, je m’en tamponne le coquillard.

J’ai tendance à trouver tous les festivals et remises de prix de cinéma, très barbantes, avec des critiques souvent complètement à côté de la plaque, des films récompensés parce qu’ils avaient le bon budget “graissage de pattes”, des films prétentieux encensés et des films magnifiques oubliés. Le festival de Cannes est peut-être le pire de tous. Cannes qui récompense Delon… Cannes qui laisse des vieux mecs largués faire des discours de vieux mecs largués (les réponses de Twitter au discours de Edouard Baer sont géniales. Merci Twitter…). Cannes qui ne récompense quasi jamais de femmes… Les deux seules choses qui m’y intéressent : ce sont les films qui mettent en scène des lesbiennes (si ça vous intéresse, rendez-vous chez ma consoeur Lesbien Raisonnable dont c’est la passion) et la Queer Palm (on y reviendra le moment venu).

A l’inverse, l’Eurovision, c’est du fun, zéro prétention et aucun vieux mec largué. Difficile de faire moins hétéro-normatif et plus camp que ce concours de chansons. Certain·es disent l’Eurovision démodé, pourtant c’est un spectacle qui permet de faire avancer les réflexions sur la place des personnes LGBT+ comme aucun autre. A quelle autre occasion, 200 millions de personnes applaudissent-elles une chanteuse transgenre (Dana International en 1998. Oui, oui, en 1998) et une drag queen barbue (Conchita Wurst en 2014) ?

L’Eurovision a toujours été une safe space pour les personnes LGBT+ et a permis, malgré elle, de faire bouger les lignes sur ce sujet. Komitid nous rappelle que l’Eurovision a toujours était un événement très engagé, que ce soit au niveau politique ou au niveau visibilité des LGBT+. C’est un article fascinant que je vous conseille vivement. Cette année n’a pas manqué à la tradition grâce au groupe d’electronicore (oui, ça existe) islandais Hatari qui se revendique anti-capitaliste, portait des tenues inspirées du BDSM et a brandi les drapeaux LGBT, trans et palestinien devant la caméra. Le groupe sera probablement puni puisque le concours se veut apolitique, qu’importe, ils ont fait fondre le public.

Comment en est-on arrivé là ? C’est le sujet de l’article que j’ai signé pour Komitid. En résumé : pendant plusieurs décennies, l’Eurovision était le seul programme qui mettait en avant la diversité des cultures. Les hommes gays y ont vu un espace de liberté et se sont approprié le concours. Ce sont à eux qu’on doit les fan clubs de l’Eurovision et l’ambiance de malade lors des demi-finales et finale. Voilà en trois lignes, La réalité est bien complexe et fascinante. C’est à retrouver ici.

Bilal Hassani fait partie de ces hommes gays dont la vie a été changée par l’Eurovision. En décembre dernier, il expliquait au quotidien 20 minutes avoir été subjugué par Conchita Wurst en 2014, alors qu’il avait 13-14 ans. C’est sa prestation qui l’a convaincu de faire de la musique et de vivre sa féminité et sa masculinité comme il le souhaitait. Dans un portrait hyper émouvant et queer de Bilal Hassani, Komitid (oui, encore !) a retrouvé un commentaire qu’il avait posté sous le clip de la chanson “Rise Like a Phoenix” de Conchita Wurst sur YouTube. Attention sortez les mouchoirs parce que c’est beaucoup trop mignon.

Si Bilal a séduit la France, il semble avoir laissé l’Europe (et Israël et l’Australie) de marbre. De façon tout à fait inexplicable, notre roi n’a recueilli que 67 points de la part du jury et 38 points de la part du public. C’est le néerlandais Duncan Laurence, et sa gueule de jeune premier, qui a remporté la compétition avec une chanson efficace mais classique. J’étais rouge écarlate, mais à quoi pensent les gens ? Mais dans tout ça, il y a du positif : Duncan Laurence est bisexuel et l’affiche. De la visibilité bi, on en manque cruellement alors rien que pour ça : merci Duncan.

Sortez le pop-corn 🍿

📺 Gentleman Jack, OCS

Ce n’est pas parce que Game of Thrones touche à sa fin ce soir qu’il faut annuler son abonnement OCS. La plateforme diffuse, en effet, la série HBO/BBC Gentleman Jack qui raconte l’histoire (vraie) d’Anne Lister, une Anglaise lesbienne qui décida dans les années 1830 de gérer ses terres elle-même et de se “marier”. Alors, que vaut la série ?
  • 1 point pour la mise en scène : sa bande-son entraînante, sa réalisation fluide et son quatrième mur souvent brisé avec humour en font une série pleine de vie.
  • 1 point pour son authenticité : pas de glamourification ou de white-washing ici. Anne Lister est une quadra pas particulièrement sexy, son amante est toute à fait banale et sa femme de chambre noire.
  • 2 points pour le lesbo-réalisme : que ce soit l’attitude d’Anne Lister ou les scènes de sexe, tout est lesbian-approved. Je ne me remets pas de cette scène où elle se sèche le doigt après avoir couché avec une des ses aimantes. Quelle série avait déjà montré ça ?
  • 2 points pour la remise au point historique : Anne Lister est, certes, victime de lesbophobie mais elle est aussi très libre : elle vit de longues histoires passionnées, se cache à peine, se confie à sa tante, envisage de se marier, etc. Cette série est importante car elle nous rappelle que l’histoire des personnes LGBT+ est fascinante et bien moins noir et blanc qu’on ne l’imagine. La série est basée sur les journaux intimes d’Anne Lister qui ont été considérés tellement riche en information sur l’époque que l’UNESCO les a classés au programme “Mémoire du monde”.
  • 3 points pour la complexité du personnage d’Anne Lister : elle à la fois gouine féministe et capitaliste snob, nièce dévouée à sa tante et manipulatrice. J’aimerais être plus critique de son comportement, l’aimer moins, mais je n’y arrive pas, je suis sous le charme.
  • 3 points pour le sex appeal d’Anne Lister : on est sur un croisement entre Shane et Lady Mary Crawley… difficile de résister. Et quand elle fait des clins d’oeil à la caméra. Ouh la la.
Bref, 12 points pour Gentleman Jack.

L’actu paillettes ✨

  • Les gays sont partout, même dans les dessins animés. Dans la série animée Arthur – oui, oui, celle que vous ou vos petites cousin·es regardaient quand vous étiez enfants – Mr Ratburn vient de se marier. Hip Hip Hourra. [Têtu]
  • Le comédien Océan a fait un documentaire sur sa transition. Le docu n’a pas fait l’unanimité dans la communauté trans mais a l’avantage de continuer d’éduquer le public français. Océan en a parlé à Têtu. [Têtu]
  • A quel point Rocketman, le biopic sur Elton John, est-il gay ? Pour y répondre, Vulture a noté toutes les scènes sur l’échelle de la gayness. J’ai sacrémment hâte. [Vulture]
  • Comme vous le savez, Marvel devrait faire sortir du placard un de ses personnages, mais lequel ? New Now Next fait le point sur le degré de LGBT des différents super-héros et héroïnes. Venez me donner vos progno sur Twitter ou Instagram. [New Now Next]

L’icône : Marina Foïs 😍

 Marina Foïs est enfin récompensée pour son rôle d’alliée inconditionnée ! Enfin presque. Elle a été récompensée aux Molières pour son interprétation de l’auteur gay Hervé Guibert dans Les Idoles, la pièce de Christophe Honoré sur l’épidémie de Sida. Marina est l’alliée parfaite : elle engueule ses fans homophobes, joue un homme gay avec finesse et est l’objet de fantasme des lesbiennes. La newsletter Lesbien Raisonnable l’a consacrée “Reine du Gouinistan” et elle approuve. Moi aussi. Têtu revient sur son rôle d’alliée.


Je vous laisse avec ces mots forts intelligents prononcé par un sage homme : 
On choisit / son travail, sa coiffure, ses amis / sa routine, parfois l’amour aussi / Ça passe ou ça casse mais ça regarde qui ?

A la semaine prochaine,

Aline