Ces deux dernières semaines, plusieurs séries et films avec des intrigues LGBTQ+ plutôt cools sont sortis sur les plateformes de streaming. Et tous avaient des adolescent·es ou très jeunes adultes comme protagonistes. C’est logique, les ados sont surreprésenté·es dans la fiction contemporaine, surtout chez Netflix, mais tout de même. C’est comme si les streamers estimaient que seul·es les ados avaient envie d’inclusivité ou que l’homosexualité était plus acceptable chez les jeunes – est-ce vrai ? Bref ne m’en voulez pas si je vous parle encore d’ados. Ah et aussi je vous parlerai du coming-out tellement-discret-que-personne-n’en-a-parlé d’Angèle.

Sortez le popcorne

📺 Daybreak, Netflix

Depuis l’apocalypse qui a transformé tous les adultes en zombies, Josh, un lycéen de 17 ans, cherche Sam, une jolie blonde drôle, gentille et intelligente dont il est amoureux. Il est accompagné d’une gamine surdouée et rebelle et d’un ancien mec populaire, noir et gay, devenu samouraï pacifiste. Au jeu des tropes, la série touche donc le jackpot entre le “black gay best friend”, la “gamine plus mature et badass que tout le monde” et le “mec amoureux d’une jolie fille qu’il connaît à peine”. C’est fait exprès : la série s’amuse à prendre des clichés et des références culture pop et à les subvertir !

Daybreak, c’est un peu la rencontre entre La folle journée de Ferris Buller et Zombieland : le 4ème mur est constamment brisé, les blagues s’enchaînent et la musique explose. Sauf que Daybreak est une série moderne : les personnages secondaires sont aussi important que le héros, ils ont tous une backstory et sont plus compliqués qu’il ne paraissent. Ajoutez à ça, une écriture parfaitement maîtrisée et de retournements de situation surprenants et vous avez une série hautement addictive, loufoque et pertinente.

Daybreak est pour vous si : 

  • vous avez envie d’entendre un robot parler dothraki
  • vous avez hâte de voir un samouraï dire “I’m camp as fuck” 
  • vous voulez entendre une version japonaise de « I want it that way »
  • vous attendez depuis longtemps un Darth Vador gay, un méchant que vous avez envie de sauver (et potentiellement de sauter)
  • vous savez que les vrai·es héro·ïnes sont des sorcières mal-coiffées qui jurent et baisent qui elles veulent

Petit plus : le casting compte RZA dans son propre rôle, Matthew Broderick (aka Ferris Bueller) en principal du lycée et le très cool acteur out Austin Crute (Booksmart).

🎬 Let it snow, Netflix

Un réveillon de Noël, de la neige et un groupe d’ados : une qui a peur d’aller à la fac et de laisser sa famille derrière elle, un qui est amoureux de sa meilleure amie mais n’ose pas lui dire, une qui vient de vivre le date parfait avec une danseuse, une autre qui sort avec un connard, un qui veut devenir DJ et un dernier qui est une pop star… Let it snow est une charmante comédie romantique moderne qui ne mérite pas un titre français aussi pourri que Flocon d’amour. Glissez-vous sous votre plaid et profitez de ce qui est peut-être la première comédie romantique chorale vraiment inclusive.
Petit plus : le personnage lesbien de Dorrie est joué par l’acteurice queer Liv Hewson (Santa Clarita Diet)

L'actu qui met des paillettes

Scènes de ménages fête ses 10 ans. Et non, toujours aucun couple LGBT+. Les arguments de la production sont bien sûr homophobes. Pendant ce temps, dans Plus belle la vie, un couple de femmes s’embrasse… Comme quoi c’est pas si compliqué. [Têtu / Têtu]

James Dean va avoir un nouveau rôle au cinéma… Il sera “ressuscité” par une société spécialisée dans les effets spéciaux, à partir de photos et de vieilles séquences filmées. Bien évidemment, il n’a pas donné son accord. Tout comme Whitney Houston n’a pas validé sa tournée en concerts sous forme d’hologramme. Leave our bisexual icons alone ! En revanche, c’est ok pour les biopics. [Numerama]

En parlant de Whitney : sa confidente Robyn Crawford confirme enfin les rumeurs selon lesquelles elles furent en couple. Elle en parlera dans son livre Une chanson pour toi : ma vie avec Whitney Houston, en librairie le 12 novembre 2019. [Huffington Post]

La compagnie aérienne Delta a choisi de diffuser une version de Booksmart tronquée. Outre les scènes de masturbation féminine, c’est toute la romance lesbienne qui a été retirée. Pour la réalisatrice Olivia Wilde, il s’agit d’une décision sexiste et homophobe. Depuis, Delta a annoncé diffuser le film dans sa version complète. [Terrafemina]

Vous avez peut-être vu cette vidéo qui montre l’évolution du top 10 musical américain depuis 1969. Elle rend particulièrement visible la montée des superstars LGB à partir des années 70 : Elton John, Freddie Mercury, George Michael, Whitney Houston et le gender-queer Prince. Ultra-présent·es à la fin des années 80, les stars LGB+ ont disparu du top 10 au début du siècle. Depuis, plus aucune star out n’a atteint le sommet. [YouTube]

Mais que se passe-t-il ?

“J’y ai pensé parfois, je voulais pas le voir
J’l’avais chanté déjà mais sans trop le savoir
Les échecs me font peur
Je jouais avec le roi, la reine a pris mon cœur
J’y ai pensé en boucle, tu me plais
J’vais te l’cacher sans doute, tu me plais”

Pour de nombreux internautes, les paroles de cette nouvelle chanson d’Angèle, “Tu me regardes”, ne laisse pas la place au doute : elle est attirée par les femmes. Les médias, eux, ne semblent pas être convaincus. Tous ou presque ont écrit un article sur le nouvel album de la chanteuse belge, “Brol la suite”, mais quasiment aucun n’a relevé ce « coming-out ». Le journal belge 7 à 7 se mouille un peu et note que deux des septs chansons abordent le thème de l’homosexualité : “Ta Reine” (une chanson sortie en 2018 et qu’elle revisite ici) et “Tu me regardes”. Le site ajoute que “certains [internautes] pensent qu’Angèle fait une référence directe à sa vie amoureuse.” 

Ce n’est pas si surprenant que les médias, d’habitude si preneurs de scoops sur la vie personnelle des stars, n’aient rien dit. Quand on est LGB+, on ne sait que trop bien à quel point la bi ou homosexualité est dûre à enregistrer pour les hétéros. On peut parler de sa ou son “copain” à ses collègues hétéros, venir accompagné·e à un dîner familial, les gens continueront à penser qu’il ne s’agit que d’un·e ami·e. Le concept de la bi ou homosexualité leur est si lointain qu’il n’est pas présent dans leur grille de lecture du monde. Il faut se rouler des pelles ou dire clairement le mot “homosexuel·le” pour que l’information soit prise en compte. Et encore… 

Si Angèle avait dédié près d’un tiers des chansons de son nouvel album à la rousseur et avait clamé son amour pour les hommes roux, je suis sûre qu’on aurait déjà vu des articles titrant “Angèle est fan des roux”. Mais là l’information est passée inaperçue.

Son cas est loin d’être rare. Lorsque Tyler, the Creator avait chanté avoir des rapports sexuels avec des hommes en 2017, la presse s’est demandée s’il s’agissait d’un coming-out ou d’une blague. On peut comprendre qu’il y ai eu un léger doute vu certains de ses propos quand il était plus jeune (je vous en parlais dans le S01E27), mais depuis, il a dragué un animateur de radio, publié des chansons d’amour genrées au masculin et sorti des clips dans lequel il est amoureux d’un homme et certains médias continuent de se demander s’il est vraiment queer. Tant qu’il n’aura pas dit “I’m gay” comme KStew, tant qu’il n’aura pas fait son coming-out officiel, il restera des gens pour ne pas y croire.

Il est important que les médias soient respectueux de la vie privée des célébrités, qu’ils ne out pas celles et ceux qui veulent garder leur orientation sexuelle privée, mais il est aussi crucial que la bi ou homosexualité des personnalités ne soient plus niées, que ce ne soit plus un sujet de questionnement, une info tellement difficile à croire que les gens aient besoin de multiples confirmations. Attention, je n’appelle pas à ce que les médias fassent la traque aux coming-outs – ce n’est clairement pas le but – mais juste à ce qu’ils traitent de la vie privée des personnes LGBTQ+ comme de celles des personnes hétéros. Si deux personnes se tiennent la main dans la rue, ce sont probablement un couple, qu’elles soient de sexe opposé ou pas. Si une chanteuse ultra-connue parle de sa vie romantique dans son dernier album, c’est un sujet, qu’elle soit hétéro ou pas. C’est aussi simple que ça. 

Vu son engagement féministe et ses prises de position, je suis sûre qu’Angèle s’exprimera prochainement dans la presse ou sur son compte insta – suivi par 2,2 millions de personnes tout de même – et que la presse se fera alors un plaisir d’en parler à outrance. Mais même si elle décidait de ne pas en parler plus que ça, je la remercie. Nous manquons tellement de célébrités out en France et au Benelux. Je ne peux qu’imaginer le bien que cela va faire aux jeunes francophones !


 
Un peu sur le même sujet, je voulais vous recommander cet article de them. qui revient sur la tradition de parler de sa préférence pour les personnes du même genre en chanson et explique que les motivations pour ces « coming-out » ont bien changé depuis les années 20.

Le quart d'heure musical

On ne manque pas de nouveautés écrites et chantées par des femmes queers badass depuis quelques semaines. En voici cinq. La playlist de cette saison 2 est à retrouver sur Spotify et Deezer.

Internationl Woman of Leisure de La Roux, Hit the back de King Princess, Tu me regardes de Angèle, Anxiété de Pomme, Que du Love de Angèle et Kiddy Smile

Allez, je vous laisse. Je vous donne rendez-vous sur Twitter et Instagram où je parlerai cette semaine de Dickinson, la nouvelle série AppleTV+, et des soeurs Wachowski.

Ciao,

Aline